La gestion des déchets médicaux représente un enjeu majeur pour la protection de la santé publique et de l’environnement. Face aux risques infectieux générés par les activités de soins, une réglementation stricte encadre leur élimination. Au cœur de ce dispositif se trouvent des équipements spécifiques conçus pour garantir une sécurité maximale à chaque étape du processus.
Qu’est-ce qu’un sac DASRI et pourquoi l’utiliser
Définition et caractéristiques techniques du sac DASRI
Un sac DASRI constitue un emballage spécifique destiné au conditionnement des déchets d’activités de soins à risque infectieux. Ces déchets proviennent d’activités de diagnostic, de suivi et de traitement préventif, curatif ou palliatif en médecine humaine et vétérinaire. Les DASRI regroupent plusieurs catégories de déchets présentant un risque infectieux lié à la présence de micro-organismes viables ou de toxines. Sont notamment concernés les matériels piquants et coupants, les produits sanguins inutilisés ainsi que les déchets anatomiques non identifiables. Les activités génératrices de ces déchets s’étendent bien au-delà des seuls établissements de santé. Les professionnels libéraux, les structures médico-sociales, les services d’hospitalisation à domicile, les laboratoires d’enseignement et de recherche, les thanatopracteurs, les tatoueurs et perceurs, ainsi que les activités de chirurgie esthétique produisent également des DASRI nécessitant une gestion rigoureuse.
Le sac DASRI doit répondre à des normes techniques précises définies par la réglementation française. Les conditionnements adaptés respectent les normes NF X 30-500 pour les emballages destinés aux objets piquants coupants tranchants désignés sous l’acronyme OPCT, ainsi que les normes NF X 30-505, NF X 30-501, NF X 30-507 et NF X 30-506 selon le type de déchets conditionnés. Ces contenants spécifiques portent un marquage UN conforme aux exigences du transport des matières dangereuses. La conception de ces emballages garantit une étanchéité totale et une résistance suffisante pour prévenir tout risque de perforation ou de déchirure lors de la manipulation, du stockage et du transport. Les sacs destinés aux déchets mous et solides souillés se distinguent des conteneurs rigides réservés aux OPCT, chaque catégorie nécessitant un conditionnement approprié à la nature du risque.
Les obligations réglementaires pour les professionnels de santé
La gestion des déchets d’activités de soins à risque infectieux s’inscrit dans un cadre législatif strict défini par les articles R 1335-2 à R 1335-8 du Code de la santé publique. Ces dispositions établissent la responsabilité pleine et entière des établissements de santé et des professionnels libéraux dans l’élimination des DASRI qu’ils produisent. Cette responsabilité s’étend de la production initiale jusqu’au traitement final, impliquant une chaîne d’actions rigoureusement coordonnées. Les établissements doivent identifier la solution la plus adaptée pour assurer la collecte et l’élimination conformes de leurs déchets médicaux. Cette obligation impose la mise en place d’une organisation interne structurée, depuis le tri à la source jusqu’à la remise aux transporteurs agréés.
Pour les professionnels de santé libéraux, la réglementation impose la souscription d’un contrat avec une société de collecte spécialisée ou l’utilisation d’un point d’apport volontaire. Les pharmaciens bénéficient quant à eux du réseau de collecte DASTRI pour les vaccins et les tests. Les thanatopracteurs et les professionnels du tatouage et du perçage sont également tenus de contractualiser avec une entreprise de collecte agréée pour garantir l’élimination sécurisée de leurs déchets à risque infectieux. Une convention annuelle obligatoire doit être établie avec l’entreprise choisie pour la collecte, formalisant les engagements respectifs des parties. La traçabilité constitue un pilier fondamental du dispositif réglementaire. Chaque mouvement de déchets doit être documenté au moyen d’un bordereau de suivi CERFA, portant les numéros 11351-01 ou 11352-03 selon la situation. Ces documents permettent d’assurer un suivi rigoureux depuis la production jusqu’à la destruction finale, avec conservation des justificatifs d’élimination dans les archives de l’établissement.
La réglementation prévoit également une dématérialisation progressive de cette traçabilité. D’ici le premier semestre 2026, l’utilisation de l’application Trackdéchets deviendra obligatoire pour la gestion numérique des bordereaux de suivi, modernisant ainsi les procédures administratives tout en renforçant la fiabilité du système de traçabilité. Cette évolution s’inscrit dans une démarche globale de planification écologique du système de santé, visant à harmoniser les pratiques tout en garantissant la protection optimale des professionnels et du public. Les références HAS intègrent implicitement la gestion des déchets dans leurs critères de certification, notamment au travers des objectifs de prévention et de maîtrise du risque infectieux mentionnés dans les critères 3.7.1 et 3.7.2 du référentiel ESSMS, ainsi que dans les critères 2.3-05 et 2.3-11 du référentiel de certification des établissements de santé. La maîtrise des risques environnementaux et des enjeux du développement durable figure également parmi les exigences du critère 3.6-04.
Comment bien utiliser et éliminer les sacs DASRI
Les bonnes pratiques de remplissage et de stockage
Le tri à la source représente la première étape cruciale dans la gestion des déchets de soins. Tous les déchets issus d’activités médicales ne présentent pas nécessairement un caractère infectieux, rendant essentiel un tri rigoureux pour orienter chaque type de déchet vers la filière appropriée. La séparation entre déchets à risques et déchets ordinaires permet d’optimiser les coûts de traitement tout en garantissant la sécurité sanitaire. Les professionnels doivent évaluer le risque infectieux de chaque déchet produit, en s’appuyant sur une évaluation clinique et sur un diagnostic microbiologique lorsque nécessaire. Le Haut Conseil de la Santé Publique a émis des recommandations précises pour caractériser ce risque infectieux, facilitant ainsi la prise de décision pour les professionnels confrontés à des situations ambiguës. En cas de doute sur le caractère infectieux d’un déchet, le principe de précaution impose de le classer comme déchet dangereux et de l’orienter vers la filière DASRI.
Le conditionnement des déchets dans les sacs DASRI doit respecter des règles strictes de remplissage. Les contenants ne doivent jamais être remplis au-delà de leur capacité maximale, afin de permettre une fermeture hermétique et sécurisée. Les équipements de protection individuelle utilisés contre les risques infectieux doivent systématiquement être orientés vers la filière DASRI. Pour les OPCT, l’utilisation de conteneurs rigides homologués demeure impérative, ces objets ne pouvant en aucun cas être conditionnés dans de simples sacs souples. Une fois remplis, les emballages doivent être immédiatement fermés et ne peuvent plus être rouverts. Il est formellement interdit de congeler ou de compacter les DASRI, ces pratiques pouvant compromettre l’intégrité des emballages et générer des risques sanitaires supplémentaires.
L’entreposage des déchets conditionnés s’effectue dans une zone spécifique répondant à des normes de sécurité strictes définies par l’arrêté du 7 septembre 1999 et l’arrêté relatif au transport de matières dangereuses du 29 mai 2009. Ce local dédié doit être clairement identifié, facilement accessible pour les opérations de collecte, tout en restant inaccessible aux personnes non autorisées. Les conditions de température, de ventilation et de protection contre les intempéries doivent être maîtrisées pour préserver l’intégrité des emballages pendant toute la durée du stockage. Les délais réglementaires d’entreposage varient en fonction du volume de déchets produits. Les structures générant moins de cinq kilogrammes par mois peuvent conserver leurs DASRI pendant trois mois maximum. Pour une production comprise entre cinq et dix kilogrammes mensuels, la durée de stockage ne peut excéder un mois. Lorsque la production atteint entre dix kilogrammes par mois et cent kilogrammes par semaine, le délai maximal de stockage se limite à sept jours. Enfin, pour les producteurs générant plus de cent kilogrammes hebdomadaires, l’évacuation doit intervenir dans un délai maximum de soixante-douze heures. Ces délais stricts visent à limiter les risques de prolifération microbienne et à garantir une rotation rapide des déchets infectieux.

Le circuit de collecte et de traitement des déchets médicaux
La collecte des DASRI peut s’organiser selon deux modalités principales selon le profil du producteur. Le système de collecte en porte-à-porte concerne principalement les établissements de santé et les gros producteurs qui bénéficient d’un passage régulier d’un transporteur agréé. Cette formule garantit une évacuation programmée et sécurisée des déchets selon un planning préétabli. L’apport volontaire constitue la seconde option, particulièrement adaptée aux petits producteurs comme les professionnels libéraux ou les patients en auto-traitement. Ces derniers disposent d’un réseau de points d’apport géolocalisables, notamment dans les pharmacies qui participent au dispositif. Quelle que soit la modalité choisie, le transport des DASRI reste soumis aux règles strictes du transport des matières dangereuses, désignées par les acronymes ADR pour le transport routier ou TMDR pour le transport de matières dangereuses par route, conjuguées aux dispositions de la réglementation sanitaire.
L’obligation de recourir à un transporteur agréé s’impose dès lors que la production dépasse quinze kilogrammes mensuels. Ces professionnels spécialisés disposent des habilitations nécessaires et des véhicules adaptés pour assurer un acheminement sécurisé des déchets infectieux depuis les sites de production jusqu’aux installations de traitement. Les patients en auto-traitement produisant des déchets perforants bénéficient d’une filière spécifique mise en œuvre par l’éco-organisme DASTRI, agréé jusqu’au 31 décembre 2028. Cet organisme distribue gratuitement des collecteurs facilement identifiables, désignés comme boîtes jaunes à couvercle vert, disponibles dans les pharmacies participantes. Une fois ces conteneurs remplis, les patients peuvent les déposer dans un réseau de points de collecte répartis sur l’ensemble du territoire, assurant ainsi une accessibilité optimale pour tous les usagers concernés.
Le traitement final des DASRI emprunte deux voies principales conformément à la réglementation en vigueur. L’incinération à haute température demeure la méthode de référence, particulièrement pour les déchets à hauts risques infectieux pour lesquels elle constitue une obligation réglementaire. Ce procédé garantit une destruction complète des agents pathogènes par exposition à des températures élevées, éliminant tout risque de contamination résiduelle. Le prétraitement par désinfection représente une alternative encadrée par l’arrêté du 20 avril 2017. Cette technique permet de neutraliser le caractère infectieux des déchets par un processus de désinfection validé, autorisant ensuite leur orientation vers une filière de valorisation matière et de recyclage sous conditions réglementaires strictes. Cette seconde option s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire et de développement durable, objectifs portés par la stratégie ambulatoire du système de santé français qui vise à atteindre soixante-dix pour cent de chirurgie réalisée en ambulatoire à l’hôpital et cinquante pour cent en médecine ambulatoire.
La traçabilité accompagne l’intégralité du processus d’élimination, depuis le conditionnement initial jusqu’à la destruction finale. Les justificatifs de traitement doivent être systématiquement archivés par les producteurs de déchets, constituant la preuve de leur conformité réglementaire. Cette documentation permet également de répondre aux exigences de certification imposées par la Haute Autorité de Santé, qui évalue la capacité des établissements à maîtriser les risques liés à leurs pratiques, incluant implicitement la gestion des déchets infectieux. Un guide national actualisé en juillet 2022 demeure accessible sur le site du ministère de la Santé, offrant aux professionnels un référentiel complet et détaillé pour accompagner leur démarche de gestion des DASRI. Ce document de référence intègre les évolutions récentes des pratiques et les recommandations du Haut Conseil de la Santé Publique émises dans ses avis du premier juin 2023 et du 3 octobre 2024, apportant des éclaircissements sur la caractérisation du risque infectieux et les bonnes pratiques à adopter pour garantir une protection optimale de la santé publique et de l’environnement.